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Vivement Noël!

Par Chantal Bilodeau-Legendre

Noël arrive toujours plus vite qu’on ne le croit! Et quand on est responsable de préparer un programme pour cette occasion, il vaut toujours mieux s’y prendre longtemps d’avance. Voici quelques suggestions pratiques qui sauront sûrement vous aider à préparer un bon programme sans vous essouffler.

Photo de David Beale sur Unsplash.com

 À consulter sur notre site…

♦ Cigale ou fourmi? (Pourquoi commencer tôt la planification?)

♦ L’échéancier de production (Quels éléments inclure dans la planification d’une pièce?)

♦ Notre dossier Noël (pièces, conseils utiles, recueils d’auteurs divers)

Vous voulez créer votre propre programme?

♦  Un brainstorming s’avère souvent très utile pour trouver de bonnes idées! Invitez quelques amis pour le café ou un dessert, et mettez sur papier les suggestions de tout le monde, même les plus farfelues ou les plus « impossibles ». Vous ferez un tri plus tard.

♦  Déterminez la ligne directrice de votre programme. Quel en sera le superobjectif? Ne multipliez pas les thèmes et les sous-thèmes: les spectateurs risqueraient de décrocher! (Vous pourriez opter par exemple pour « Louons Dieu qui a envoyé Jésus comme Sauveur » ou « Découvrons le récit biblique ».)

♦  Adaptez pour la scène un conte de Noël traditionnel ou contemporain. C’est ce que nous avons fait avec Le confiseur au grand coeur. Pour bien bâtir l’histoire, lisez…

♥  Les divisions d’une pièce
♥  L’intrigue
♥  Le schéma actanciel

♦  À partir du texte biblique, élaborez des dialogues pour les personnages principaux, créez quelques personnages secondaires, etc.

♦  Sur le texte biblique même, faites mimer les événements principaux du récit. (Voyez l’exemple de texte biblique et de cahier de régie dans La Nativité.)

♦  Une chorale interprète une série de chants? Quelques comédiens pourraient les illustrer par leur jeu silencieux.

Quelques conseils en vrac pour finir…

♦  N’hésitez pas à mêler enfants, adolescents et adultes dans un même programme.

♦  Déléguez autant que possible.

N’exigez pas la perfection. Faites de votre mieux, avec joie, en vous disant que le Seigneur prend plaisir au travail accompli en complète dépendance de sa puissance et de son Esprit. Les cœurs humbles et bien disposés valent mieux que tous les spectacles à grand déploiement élaborés dans le stress et l’agitation.

Cigale ou fourmi?

Photo de David Higgins sur Unsplash.com
Par Chantal Bilodeau-Legendre

Bric et Brac sirotent une limonade au bord de la piscine. Une cigale chante à tue-tête.

Bric :    À quoi tu penses?

Brac :   À Noël.

Bric :    On est en juillet!

Brac :   Justement. Faut que je planifie le 25 décembre. Ou le 20, si ça se trouve.

Bric :    Le programme de Noël de l’église?

Brac :   Ouaip.

La cigale s’est tue. L’idée de Noël lui fait peur. La bise est-elle déjà venue? Devra-t-elle aller crier famine chez la fourmi sa voisine plus tôt que prévu? Il faut laisser passer l’été, tout de même!

Bric :    Et les vacances?

Brac :   J’en fais comme un projet de vacances… Sinon l’automne sera un cauchemar.

Bric :    Sans blague?

Brac :   Sans blague.

Un ange passe. Et quelques nuages moelleux dans le ciel azuré.

Brac :   Écoute, pour jouer le 20 décembre prochain, il faut que tout soit fin prêt au plus tard le 18 ou le 19.

Bric :    Pour la générale. Logique.

Brac :   Et si je commence les répétitions le 15 octobre, ça me donne à peine deux mois de préparation avec la troupe.

Bric :    Suffisant, non?

Brac :   Selon le nombre de répétitions par semaine, la durée de la pièce, le nombre de participants, etc. deux mois peuvent suffire… ou non.

Bric :    Donc, c’est possible que le 15 octobre soit un peu tard pour le début des travaux!

Brac :   Justement. Mais pour commencer à cette date, il faut que j’aie DÉJÀ choisi la pièce et mis en place la mise en scène. Ce ne sera pas le temps d’improviser à partir du 15 octobre!

Bric :    Ah! pour l’impro, moi, je m’y connais!

La cigale aussi. Elle entonne à ce moment un chant de son cru. L’originalité est absente: le chant semble familier…

Brac :   Je ne peux pas improviser ce genre de choses. Tu vois, à cette date, plein d’autres trucs doivent être DÉJÀ faits : le recrutement des comédiens, la formation d’une équipe technique…

Bric :    Une équipe technique?

Brac :   Qui va faire les costumes? Qui va confectionner les accessoires? Car les accessoires doivent être prêts début novembre! Et les décors? Et si je décide que j’ai besoin de musique, de chants, de bruitage ou d’éclairage particulier? Je ne peux décemment pas faire ça tout seul!

Bric :    Ce serait indécent, oui.

Brac :   Doooooonc, pour commencer le 15 octobre avec les comédiens, il faut que l’aspect technique de la pièce soit DÉJÀ réglé – ou du moins presque. Je dois commencer à y penser…

Bric :    Le 1er du mois.

Brac :   Oh! Quinze jours, c’est trop peu! Je ne trouve pas toujours facilement les aides dont j’ai besoin, à l’église…

Bric :    Le Seigneur pourvoira…

La cigale opine du bonnet. Un merle s’envole avec un ver dodu dans le bec.

Brac :   Le Seigneur a toujours pourvu. Mais il m’a montré que je gagnais à faire preuve de prévoyance, un peu comme l’architecte et le roi*…

Bric :    Et la fourmi*, mettons.

Brac :   La fourmi? Tiens, je n’avais pas pensé à elle.

Bruyante interruption de la part de la cigale. Elle n’aime pas ce genre de discours.

Brac :   Je compte sur le Seigneur, mais au fil des ans il m’a montré que ce n’est pas le temps de commencer à penser au programme de Noël le 15 septembre.

Bric :    Et pourquoi pas? Un mois, c’est amplement…

Brac :   Septembre, c’est le retour à la « réalité » pour bien des gens – comme la rentrée scolaire pour la plupart de mes comédiens…

Bric :    Hmmmouais…

Brac :   Non, tu vois, juillet, c’est pour moi le temps de commencer à penser à Noël. En sirotant une limonade, par exemple. Et je ne paniquerai pas quand septembre approchera. J’aurai déjà accompli une bonne part du boulot. Je pourrai même modifier des choses sans m’affoler si des imprévus surgissent!

Comme pour appuyer cette dernière tirade, quelques merles, groupés au parterre, se mettent à parler tous en même temps, sans égard aux lamentations de notre pauvre cigale.

Bric :    Une autre limonade?

Brac :   Bien sûr! Avec de la grenadine… Le rouge, c’est une couleur de Noël, non?


* Jésus parle de l’architecte et du roi en Luc 14.28-32. Le roi Salomon mentionne la fourmi en Proverbes 6.6.

Deux feux?

Par Chantal Bilodeau-Legendre

Photo de Maxim Tajer sur Unsplash.com

Cette comédienne a le feu sacré, entend-on parfois. Par ces mots, on désigne la passion intérieure, l’enthousiasme, l’inspiration qui l’animent. Avoir le « feu sacré » en théâtre est souvent très exaltant – on joue comme habité par son personnage, porté par un élan, et c’est « magique » chaque fois qu’on monte sur les planches.

Le théâtre avait cet effet « magique » sur moi à l’adolescence. Cependant, lorsque j’ai embrassé la foi chrétienne, un autre feu s’est allumé dans mon cœur. Après un certain temps, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas entretenir deux feux en même temps. Inévitablement, l’un des deux allait être négligé… et je craignais, si je poursuivais des études exclusivement en théâtre, d’être poussée à faire des compromis avec mes valeurs nouvelles.

Parvenue à un carrefour dans mes études, j’ai opté pour une profession plus « sérieuse » (la traduction) en me disant que, diplôme en poche, j’allais pouvoir quand même faire du théâtre comme un à-côté. Avec les années, j’ai découvert que je pouvais vraiment faire du théâtre, sans faire de compromis avec ma foi. Mais au début, dans mon petit patelin, j’étais plutôt isolée et à court de moyens…

Je suis certaine de ne pas être la seule à avoir vécu une telle situation. Encore aujourd’hui, d’autres vivent un dilemme semblable: comment assujettir ses talents à ses convictions? Je crois que nombreux sont les croyants qui, animés d’un feu pour le Seigneur, brûlent de l’exprimer par le moyen du théâtre – ou par toute autre forme d’expression artistique (mime, manipulation de marionnettes, danse, etc.).

Lorraine et moi espérons que les nombreuses ressources offertes gratuitement sur notre site contribueront à l’avancement de l’art dramatique (et de l’écriture) dans le monde évangélique. Qu’elles seront pour vous une importante source d’inspiration.

Si vous avez des témoignages, n’hésitez pas à nous écrire à theatre.evangelique@gmail.com pour nous les partager. Que le Seigneur vous rende féconds à son service!

L’étude avant le jeu…

Par Chantal Bilodeau-Legendre

Photo de Green Chameleon sur Unsplash.com

Pour la plupart des comédiens, le JEU est l’aspect le plus intéressant du théâtre – le plus amusant, aussi!  Improvisation, exercices de théâtre, travail de scène, voilà autant d’activités où les habiletés naturelles ou acquises de chacun et chacune sont le plus mises à profit.

Cependant, il arrive trop souvent qu’on néglige un aspect important de l’activité théâtrale : l’étude du personnage. Rares sont les enfants qui préfèrent l’étude au jeu… Et peu nombreux sont les comédiens amateurs qui étudient leur personnage à fond avant de jouer!

Pourtant, l’étude du personnage est essentielle au jeu crédible. Si nous voulons « accrocher » le public par notre interprétation, si nous désirons qu’il s’identifie à notre personnage, il faut d’abord nous approprier ce personnage. Et nous ne pourrons pas jouer un rôle avec profondeur et sensibilité si nous nous limitons aux mots du texte. Il faut aller plus loin, creuser le script… et inventer au besoin pour combler de façon réaliste ce que le texte ne nous révèle pas.

Lorsque vous commencez à étudier un rôle, vous devez d’abord rassembler tous les matériaux qui s’y rapportent. Ensuite, vous les compléterez par l’imagination, jusqu’à ce que vous ayez réalisé une telle ressemblance avec la vie qu’il vous soit facile de croire en ce que vous faites.  (Constantin Stanislavski, La formation de l’acteur, chapitre 3)

L’approche de Stanislavski est celle que nous prônons dans les pages de notre site. Pour vous aider à l’appliquer, Lorraine vous suggère un questionnaire dans l’article L’étude du personnage de la rubrique Interprétation. Elle propose aussi dans l’article Bio d’un personnage : cinq sens  une grille analytique qui permet de forger une « biographie » crédible d’un personnage fictif à partir des cinq sens. Inventer une bio s’avère toujours un exercice utile pour créer des personnages « de chair et d’os ».

Et vous savez… l’étude avant le jeu, ça peut facilement devenir un jeu créatif amusant!


Suggestion de lecture : La formation de l’acteur, par Constantin Stanislavski (1863-1938), créateur du Théâtre d’Art de Moscou. « Ce livre, ce Grand Livre, est une reconsidération totale de l’acteur. [L’auteur] dépouille […] l’interprète de ses vanités. Il le dévêt de ses clinquants. Il analyse sans pitié ses faux prestiges. Il détruit absolument le culot et son cousin, le cabotinage » (Jean Vilar, dans l’introduction de l’ouvrage). Un classique sur l’art du comédien, publié aux Éditions Payot.

Bio d’un personnage : cinq sens

Mon passé explique en partie mon présent. Native de la Côte-Nord, au Québec, j’aime la mer – à cet endroit, le fleuve Saint-Laurent est si large que la rive sud échappe au regard, son eau goûte le sel, ses vagues vont et viennent au rythme des marées. Si je vous parlais de mon coin de pays exposé aux vents et aux embruns, vous comprendriez pourquoi encore aujourd’hui j’aime les promenades sur la plage, la salade de crevettes et les villages pêcheurs disséminés sur la côte.

En théâtre, c’est un peu la même chose. Un personnage, même fictif, a un passé. S’il est tel qu’il est aujourd’hui (c’est-à-dire dans le texte de la pièce), c’est que certains événements l’ont, en quelque sorte, façonné. Une mère de famille épuisée, un professeur distrait, un adolescent en révolte, un athée cynique, une missionnaire compatissante… Logiquement, ces gens ont une histoire derrière eux.

Pour bien comprendre le présent de son personnage, il faut, en quelque sorte, reconstituer son passé. Mais comment faire? Je vous propose un exercice courant en théâtre, que j’appelle ici « La bio du personnage : cinq sens ».

La puissance des sens

Pourquoi utiliser les cinq sens – à savoir le goût, l’ouïe, le toucher, l’odorat et la vue? C’est qu’ils sont dotés d’une mémoire d’éléphant, ces sens! Pensez-y bien. Vous passez devant un café. Tout à coup, l’odeur d’un chocolat chaud vient chatouiller vos narines. Vos préoccupations s’envolent un moment… le temps pour vous de saisir les images qui surgissent soudain dans votre esprit! Vos plus beaux souvenirs d’enfance sont imprégnés de l’arôme et de la saveur du chocolat chaud… Vous fermez les paupières et s’animent alors les personnages qui ont marqué cette période de votre vie : votre mère, votre père et Chopin, le monstrueux chat gris qui n’avait de miaulements que pour le parfum de votre chocolat chaud! Vous venez de réveiller votre « mémoire affective »… Mais n’allons pas trop loin! Je développerai cette notion de mémoire affective dans un autre article.

Texte et sous-texte

De toute évidence, le texte lui-même fournit le plus grand nombre d’indices. Toutefois, il faut savoir aussi lire entre les lignes – considérer ce qu’on appelle le sous-texte – et, à la manière d’un détective, procéder par déductions. Pour faire l’exercice, prenons pour exemple Judith, personnage principal de la pièce La Perle. Essayons de reconstituer son passé grâce au texte, notamment à la scène 1 de l’acte 3. Il n’est pas écrit de façon explicite que Judith a fait de hautes études commerciales, mais nous savons qu’elle a eu assez d’instruction pour acquérir une bijouterie et la gérer avec succès. Au fil du dialogue entre Judith et sa nièce Christine, nous apprenons que la bijoutière habitait une maison de ville avec ses parents pendant son enfance. Après le décès de sa mère, elle est allée vivre chez sa sœur (mère de Christine) à la campagne. Devenue adulte, elle est retournée en ville tenir une bijouterie. Nous pouvons ajouter plusieurs autres détails par déduction, d’autant plus que Judith évoque certains souvenirs avec nostalgie.

Grille analytique

En découpant la vie de Judith en quatre périodes et en considérant de quelles manières ses sens ont été stimulés à chaque période, nous pouvons lui forger un passé plausible. Nous incorporons aux endroits appropriés les informations fournies par le texte et le sous-texte et nous obtenons un portrait qui ressemble à celui de la grille ci-dessous. (Ce portrait n’est pas exhaustif. Il ne constitue pas non plus le portrait unique qu’on pourrait faire de Judith. Le but de l’exercice consiste à inventer un passé réaliste.)

Le passé de Judith (La Perle)

  De 0 à 5 ans De 0 à 12 ans De 13 à 18 ans de 19 à 35 ans
GOÛT Lait, mets préparés par sa mère Mets préparés par sa mère Légumes du jardin, viande d’animaux élevés en plein air Nourriture de restaurants, mets surgelés
OUÏE Voix de ses parents, rires de sa sœur, bruits de la maison Bruit des classes, cris et rires d’enfants  dans la cour d’école Chants joyeux de la parenté, cris des animaux de la ferme Bruits de la ville
TOUCHER Tendresse de ses parents, peluches Idem, plus manuels scolaires, crayons Tendresse de sa sœur, animaux et outils de la ferme, herbe, foin Pierres et métaux précieux, billets de banque
ODORAT Parfum de sa mère, odeurs de la cour, de la ferme Idem plus odeur des livres, de la craie Herbe des champs, odeurs de l’étable Pollution, billets de banque, essence des voitures
VUE Lieux familiers, jouets, albums illustrés, famille Idem plus les jeux à la récréation, l’école Champs, amas de foin dans l’étable, animaux Bijoux, clients, hauts édifices, néons

Ainsi étoffés, les souvenirs de Judith nous montrent comment les cinq sens de la bijoutière peuvent avoir été sollicités dans le passé. Lorsque Judith soupire après des jours plus heureux, la comédienne saura à quoi son personnage fait allusion. Celle-ci pourra jouer avec plus de vérité la scène mentionnée plus haut.

Il arrive cependant que le texte n’offre aucun renseignement et ne permet pas la déduction. Il faut alors inventer un passé de toutes pièces.

À votre tour!

Essayez de faire cet exercice avec le personnage d’une pièce de votre choix, ou même avec un personnage de film ou de conte (Cendrillon ou Superman, pourquoi pas?). Téléchargez ici une grille analytique vierge et remplissez-la en vous basant d’abord sur les indices du texte et du sous-texte, puis comblez les espaces vides en faisant jouer votre imagination.

Laissez donc vos sens réveiller votre mémoire affective… et amusez-vous avec votre personnage!

La création d’une biographie à partir des cinq sens est un exercice très avantageux. Ce faisant, les comédiens apprennent à « connaître » davantage leur rôle et à donner à leur interprétation plus de profondeur, tout en projetant une image plus réaliste de leur personnage.

Lorraine