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mai 30

Démarche pour une mise en scène (Jean 8.2-12)

Posté le 30 mai 2010 dans Mise en scène, Écriture

par Chantal Bilodeau-Legendre

Deux préalables

Pour mettre en scène un texte biblique, prenez le temps de le lire à maintes reprises. Méditez-le amplement. Ne faites pas cet exercice simplement dans un but « théâtral » : faites-le pour vous personnellement. Plus le texte vous parlera à vous, plus vous serez en mesure de le rendre vivant pour vos auditeurs. Autrement dit, laissez la Parole de Dieu agir dans votre cœur avant tout.

Présentez votre intention d’écriture à Dieu. Parlez-lui de votre projet! Dieu est non seulement le Créateur, mais encore la source de toute créativité. Soyez attentif aux images et aux mots que son Esprit vous soufflera.

Je me limite ici à ces deux préalables. D’autres activités s’imposent, comme la lecture du contexte, mais je crois que la méditation et la prière sont souvent négligées. Il arrive qu’on ait hâte de se mettre à écrire, mais on oublie qu’avant d’écrire, il faut avoir nourri son âme et communiqué avec le principal Intéressé.

Une démarche

Je vous partage bien humblement la démarche qui a entouré l’adaptation de Jean 8.2-12. Je ne procède pas toujours de la même manière et je ne crois pas qu’il existe une façon unique de faire. Ma prière est simplement que mes suggestions vous inspirent et vous donnent le gout d’écrire des pièces qui donnent vie au texte biblique.

Le texte

J’ai recopié ci-après le texte de la pièce. J’y ai inséré, en retrait, les versets bibliques de Jean 8 ainsi que des réflexions personnelles en rapport avec le choix des jeux de scène et des répliques. (Pour télécharger le texte seul de Jésus libère de la condamnation en fichier PDF, sans les versets et les commentaires, cliquez ici.)

Scène 1 : Jésus enseigne ses disciples

Verset 2 – « Il revint de bonne heure dans la cour du Temple et tout le peuple se pressa autour de lui; alors il s’assit et se mit à enseigner. » (Jésus a parlé de l’eau vive la veille, selon Jean 7.37-38. Le texte ne dit pas sur quoi Jésus enseignait dans Jean 8. Un fond musical couvrira donc ses paroles. )

Côté cour : Jésus entre en scène. Plusieurs personnes le suivent, l’entourent. Ils occupent environ la moitié de l’espace scénique. On entend le bruit confus de leurs voix : « Maitre, parle-nous du royaume de Dieu! Ces fleuves d’eau vive, qu’est-ce que c’est? Explique-nous! » (Inspirez-vous du contexte pour improviser des questions.) Jésus s’assoit sur un banc, le groupe prend place autour de lui, mais un peu en retrait. Sur un fond musical, on voit Jésus qui enseigne ces gens.

 

Scène 2 : Des hommes amènent une femme à Jésus

Verset 3 – « Tout à coup, les interprètes de la Loi et les pharisiens trainèrent devant lui une femme qui avait été surprise en train de tromper son mari. Ils la firent avancer dans la foule et la placèrent bien en vue devant Jésus. » (« Ils la firent avancer DANS la foule. » Pour des raisons de visibilité et d’équilibre du plateau, j’ai choisi de mettre la foule d’auditeurs d’un côté et les hommes de l’autre. La femme est par terre, devant ses accusateurs qui se tiennent tous debout – son humiliation est encore plus grande. La musique se tait. Le temps est suspendu.)

Côté jardin : Des hommes entrent, trainant sans ménagement une femme terrorisée. Ils se tiennent dans la seconde moitié de la scène. Le fond musical décroit. Silence.

Un homme pousse la femme au milieu. Elle tombe et reste accroupie sur le sol, tête baissée. Jésus et la femme se trouvent donc au centre de la scène; les auditeurs sont assis côté cour; les accusateurs debout côté jardin.

 

Scène 3 : Les accusateurs pressent Jésus de questions

Versets 4 et 5 – « ‘Maitre, lui dirent-ils, cette femme a commis un adultère; elle a été prise sur le fait. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider les femmes de ce genre. Toi, quel est ton jugement sur ce cas?’» (Plusieurs hommes s’adressent à Jésus. Peut-être que, dans les faits, ils parlaient tous en même temps! J’ai choisi de répartir cette tirade entre trois personnes.)

Verset 6a – « En lui posant cette question, ils voulaient lui tendre un piège, dans l’espoir de trouver quelque prétexte pour l’accuser. » (Cette indication révèle que la femme n’est en fait qu’un instrument entre leurs mains. Ils n’ont aucune pitié pour elle. Bien entendu, on se demande : Pourquoi n’ont-ils pas aussi emmené l’homme avec qui elle se trouvait, comme le suggère Lévitique 20.10? Les intentions de ces hommes n’ont rien à voir avec la justice.)

Homme 1 :  Maitre, cette femme a été surprise en train de coucher avec un homme!

Homme 2 :  Et cet homme, ce n’est pas son mari! (Rires méchants, murmures.)

Homme 1 :   Moïse, dans la loi, nous a ordonné de tuer de telles femmes à coups de pierre!

Homme 3 :  Et toi, que dis-tu?

Verset 6b – « Mais Jésus se baissa et se mit à écrire du doigt sur le sol. » (Je glisse ici un long silence, car c’est dans le silence que les accusateurs – et les spectateurs – ont de l’espace pour réfléchir. Certains parmi la foule pourraient même tenter de voir ce que Jésus est en train d’écrire.)

Silence. Jésus regarde la femme, puis les accusateurs de cette dernière. Pour toute réponse, il se baisse et dessine sur le sol, avec le doigt. Auditeurs et accusateurs sont perplexes.

Verset 7a – « Eux, ils insistaient, répétant leur question. » (Ici encore, plusieurs personnes prennent la parole. Je découpe la question et la reformule autrement.)

Homme 1 :   Cette femme est adultère, Maitre!

Homme 2 :  La loi de Moïse est claire : il faut la lapider!

Homme 3 :  Qu’en penses-tu?

Homme 1 :   Pourquoi tu ne réponds pas?

Homme 3 :  On la tue, oui ou non?

Verset 7b – « Alors il se releva et leur dit : ‘Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre!’ » (Après le nouvel interrogatoire, un autre silence s’impose. Quand Jésus ouvre la bouche, sa réponse est comme une flèche lancée en plein cœur – une flèche lancée tout en douceur…)

Silence. Puis, Jésus se lève, ôte la poussière de ses mains et regarde les accusateurs.

Jésus :  Parmi vous, lequel est sans péché? Celui-là peut lui jeter la première pierre.

Versets 8 et 9 – « Puis il se baissa de nouveau et se remit à écrire sur le sol. Après avoir entendu ces paroles, ils s’esquivèrent l’un après l’autre, à commencer par les plus âgés, laissant finalement Jésus seul avec la femme, qui était restée au milieu de la cour du Temple. » (Un nouveau précieux silence… où l’on doit sentir, palper, même, le malaise des accusateurs.)

Silence. Jésus se baisse de nouveau et se remet à écrire sur le sol. Il est tout près de la femme. Confus, les hommes se regardent les uns les autres. Un à un, lentement, du plus vieux au plus jeune, ils sortent par où ils sont entrés.

 

Scène 4 : Jésus libère la femme

Verset 10 – « Alors Jésus leva la tête et lui dit : ‘Eh bien, où sont donc passés tes accusateurs? Personne ne t’a condamnée?’  ‘Personne, Seigneur’, lui répondit-elle. Alors Jésus reprit : ‘Je ne te condamne pas non plus. Va, mais désormais, ne pèche plus.’ » (L’action se déroule lentement… Ce geste d’aider la femme à se relever dénote la délicatesse de Jésus et son désir de lui redonner sa dignité. Il ne cherche pas à l’humilier davantage. Quand il ordonne à la femme de ne plus pécher, cette dernière sent son cœur se transformer : Jésus lui a littéralement sauvé la vie, mais on peut croire à raison qu’il lui a aussi sauvé la vie spirituellement. Bien qu’elle ne dise que deux petits mots, la femme, par les jeux de scène suggérés, exprime à la fois sa reconnaissance et son sentiment de libération.)

Jésus se redresse. Il aide la femme à se relever. Elle garde la tête baissée.

Jésus :    Dis-moi, où sont passés les hommes qui t’accusaient?

Hésitante et apeurée, la femme regarde autour d’elle.

Jésus :    Personne ne t’a donc condamnée?

Femme :   Personne, Seigneur.

Jésus :   Moi non plus, je ne te condamne pas. [Pause.] Tu peux partir, maintenant. Et désormais, quitte ta vie de péché.

Reconnaissante, la femme prend les mains de Jésus et les embrasse. Elle sort. Jésus retourne à ses auditeurs, qui ont observé toute la scène en silence. Il s’assoit.

Verset 12 – « Jésus parla de nouveau en public : ‘Je suis la lumière du monde, dit-il. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres : il aura la lumière de la vie.’ » (Au lieu de clore le récit avec le départ de la femme, v. 11, j’ai choisi d’inclure le verset suivant, comme pour « boucler la boucle » et montrer que cet « incident » n’a pas perturbé Jésus. Ce dernier reprend peut-être la leçon là où elle avait été interrompue… qui sait? Je trouve d’ailleurs que cet enseignement sur la nécessité d’avoir la lumière de la vie plutôt que de marcher dans les ténèbres fait ressortir la condition spirituelle des accusateurs et celle, nouvelle, de la femme qu’il vient de libérer de la condamnation.

Jésus :   Je suis la vraie lumière qui éclaire le monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans l’obscurité, mais il aura au contraire la lumière de la vie.

Le fond musical reprend tandis que Jésus se remet à enseigner.

* * * * * * *

 Toutes les citations bibliques sont extraites de La Bible du Semeur. Copyright © 1992, Société Biblique Internationale. Avec permission.

 

fév 14

Gardez votre calme!

Posté le 14 février 2010 dans Général, Mise en scène

Par Karen Dickson

Je pense qu’un des secrets pour garder son calme consiste à se « dissocier » comme metteur en scène : quand on travaille avec des comédiens, on se concentre sur eux – pas sur l’éclairage, les accessoires ou les décors, ni sur la myriade d’autres détails qui pourraient causer beaucoup de stress!

Je tiens à me rappeler que, en tant que metteure en scène, mon mandat se termine après la générale. Je dois donner à mes comédiens tout ce dont ils ont besoin jusque-là – sinon je ne leur rends pas service! C’est important qu’ils sachent que j’ai confiance en eux. Bien entendu, cette confiance découle du fait que nous avons travaillé fort et que je leur ai beaucoup demandé pendant les répétitions. Je m’efforce d’ailleurs de rassurer mes comédiens : je ne les laisserai se rendre à la représentation que si je sens qu’ils sont prêts. Et si cela signifie des heures de boulot supplémentaires, eh bien! nous y mettrons le temps qu’il faut.

À la fin de la générale, je cherche à clore nos semaines de préparation d’une manière constructive. S’il reste quelques lacunes, je trouverai une façon positive d’influencer les acteurs en les encourageant à faire de leur mieux et à jouer de tout leur coeur, avec l’aide incommensurable de Dieu.

Je crois que les metteurs en scène ont la responsabilité de « bâtir » les comédiens, de les édifier, et non de les démolir. À mon avis, nous pouvons contribuer à édifier notre troupe en demeurant nous-mêmes motivés et calmes… Pleins d’énergie, oui, mais agités et énervés, non.

Les comédiens doivent avoir la conviction que nous comptons sur Dieu pour tous nos besoins de théâtre. Il vaut toujours mieux suivre la direction qu’il nous donne : c’est la meilleure. Quand Dieu est à la tête du projet, qui sommes-nous pour paniquer ou nous emporter?

Extrait de DramaShare Organizational Manual, publié par DramaShare (2000). Traduit et adapté par Chantal Bilodeau-Legendre, avec l’aimable autorisation de DramaShare, http://www.dramashare.org/DramaShare nous a fourni le contenu de cet article afin que nos visiteurs puissent en profiter. Si vous croyez ces informations utiles à votre ministère de théâtre, nous vous encourageons à considérer la possibilité de soutenir DramaShare en devenant membre. Voyez les diverses options en cliquant ici.

sept 21

Le schéma actanciel

Posté le 21 septembre 2009 dans Mise en scène

Le schéma actantiel, ça sert à quoi?

Le schéma actantiel précise les relations qui existent entre les personnages d’un récit. On peut analyser les œuvres théâtrales, aussi bien que les romans par exemple, au moyen du schéma actantiel. On y voit si la situation est équilibrée et si tous les éléments de la narration y sont présents. Qui est le personnage principal? Quel but poursuit-il? Quels facteurs le poussent vers son but? Qu’est-ce qui lui vient en en aide? Qu’est-ce qui lui nuit?

 Actantiel1

Le sujet correspond au personnage dont on fait l’étude. Il a nécessairement une quête personnelle rattachée à son rôle dans la pièce, sinon il ne servirait à rien dans l’histoire.

L’objet a ici le sens d’objectif. Il n’y aurait pas d’histoire intéressante si le sujet réussissait à obtenir immédiatement son objet. Pour cette raison, il se heurte à divers obstacles durant sa quête. Tout ce qui s’oppose à son projet est un opposant; tout ce qui l’aide à le réaliser est un adjuvant. Plusieurs opposants et adjuvants sont possibles. Ce peuvent être des personnages, des choses ou des événements.

Le destinateur est ce qui motive le sujet à entreprendre sa quête. Le destinateur est souvent l’actant le plus difficile à trouver. Il peut s’agir d’une personne ou d’une force morale qui provoque ou mandate la quête. On réussit à l’identifier en posant la question « Pour qui… (ou pour quoi) le sujet entreprend-il sa quête? ».

 Quant au destinataire, il s’agit de la personne à qui profitera la quête. On se demande alors « À qui l’aboutissement de la quête servira-t-il? »

 Voici une petite illustration simpliste…

 À la demande du roi (destinateur), le preux chevalier (sujet) veut délivrer (quête) la princesse (destinataire). (Mais il est possible que le destinataire soit aussi le roi, qui veut récupérer sa fille, ou même le chevalier, qui veut l’épouser!) Le chevalier doit d’abord affronter le dragon féroce (opposant) qui garde le château ainsi que la méchante sorcière (opposant) qui a ensorcelé la tour. Heureusement, grâce à sa fidèle épée magique et à la fée Mélusine (adjuvants), il parviendra à libérer la belle.

 Le naufrage de Paul

Voyons maintenant le récit du naufrage de l’apôtre, selon deux points de vue : celui des soldats et celui du centenier. Mais d’abord, le texte.

 « Les soldats furent d’avis de tuer les prisonniers, de peur que quelqu’un d’eux ne s’échappe à la nage. Mais le centenier, qui voulait sauver Paul, les empêcha d’exécuter ce dessein. Il ordonna à ceux qui savaient nager de se jeter les premiers dans l’eau pour gagner la terre, et aux autres de se mettre sur des planches ou sur des débris du navire. Et ainsi tous parvinrent à la terre sains et saufs. » (Actes 27.42-44)

 « Leur vie ou la nôtre! » (les soldats)

Mise en contexte : Il est connu qu’à l’époque, un soldat romain qui perdait un prisonnier devait répondre de sa vie. C’est pour cette raison que, dans ce récit, ils cherchent à tuer les prisonniers plutôt que de les voir s’enfuir.

En bref…

Le sujet = les soldats

Leur objet (ou objectif) = tuer les prisonniers (dont Paul)

Le destinateur (qui les motive?) = la peur de mourir

Le destinataire (qui en profitera?) = les soldats eux-mêmes

L’opposant = le centenier

L’adjuvant (aidant) = rien ni personne

 actantiel2

 « Tous doivent rester en vie! » (le centenier)

Mise en contexte : Paul avait informé l’équipage que Dieu les protégerait tous, selon la vision qu’il avait eue (Actes 27.21-26). Le centenier croit aux paroles de Paul.

 En bref…

Le sujet = le centenier

Son objet (ou objectif) = sauver Paul

Le destinataire (qui le motive?) = sa confiance (ou sa bonté, voire Dieu lui-même)

Le destinataire (qui en profitera?) = Paul et les prisonniers

L’opposant = aucun (les soldats obéissent aussitôt)

L’adjuvant (aidant) = aucun (l’autorité du centenir suffit)

 actantiel3

 

Le récit du naufrage de Paul remplit les conditions du schéma actanciel pour deux sujets. Il arrive que certaines quêtes n’aient ni opposant, ni adjuvant, comme dans le deuxième exemple. Mais chaque action doit essentiellement remplir les autres conditions (avoir un destinateur et un destinataire) pour qu’on puisse la considérer comme une action réelle et utile à un récit. On peut les comparer à des signes vitaux qui déterminent si un être est vivant ou non.

 Par conséquent, si un personnage dans une pièce pose une action qui n’a ni destinateur, ni destinataire et surtout ni objet, ce personnage est alors inutile et alourdit simplement la scène ou la pièce. On peut observer ce genre de situation dans les sketches où des personnages entrent sur scène sans but précis, sans raison évidente – si ce n’est celle qu’on voulait donner un rôle à Untel parce-qu’il-voulait-tellement-jouer-cette-fois-ci…  ou qu’on voulait faire rigoler l’auditoire…

Pour qu’une histoire soit bien bâtie, chaque personnage et chaque action doivent faire progresser l’histoire vers son superobjectif. Sinon, on distraira vainement le public, détournant même son attention de l’objectif réel.

 Lorraine et Chantal

mai 16

Passera, passera pas?

Posté le 16 mai 2009 dans Mise en scène

« Après la pièce, j’ai demandé à des amis de me raconter l’histoire. C’est drôle, on dirait qu’ils n’ont rien compris. » – Drôle… ou tragique?

 

Nous avions un superobjectif du tonnerre et les bonnes idées fusaient de partout. Nous étions sûrs de la direction de Dieu. Toute l’église nous appuyait. Le projet sentait la réussite à plein nez. Et pourtant, malgré tout l’enthousiasme et la bonne volonté du groupe, les amis n’ont rien compris à l’histoire. Que s’est-il passé?

 

Au fil de la préparation d’une pièce, des forces déviatrices peuvent s’exercer. Elles risquent de détourner notre flèche de sa trajectoire. (Voir l’article sur la ligne d’action principale) Un peu à gauche, un peu au-dessus, et voilà la cible manquée. Manquée de peu, peut-être, mais manquée tout de même.

 

Voici quelques-unes de ces forces déviatrices ainsi que des pistes de solution pour vous assurer que le message de votre pièce atteint sa cible.

 

Texte confus

Cela va de soi! Le texte de la pièce constitue un facteur déterminant pour la réussite du projet. Un texte confus engendre la confusion dans l’esprit des spectateurs.

 

D     Les idées sont désordonnées, sans suite logique.

D     On n’y distingue pas la structure : introduction – nœud – dénouement.

D     On n’y voit pas de ligne directrice.

D     Un trop grand nombre de personnages interviennent sans raison.

D     Quelques scènes hors contexte amènent notre attention ailleurs.

D     Trop de tableaux rompent l’enchaînement des scènes.

 

Faites ce petit test : Racontez d’abord l’histoire à un ami. Si vous avez l’impression de tourner en rond, si vous devez passer par le sud pour vous rendre au nord, il s’agit probablement d’une histoire confuse.

 

ü    Piste de solution

Si vous avez en mains un texte confus, changez de pièce! Mais parfois, les faiblesses d’un texte ne sont pas terribles : vous pourriez les rectifier, avec la permission de l’auteur. Quelques coupures et ajouts suffiront peut-être à offrir une histoire plus claire.

 

Absence d’un message central

Une pièce peut contenir une foule d’idées intéressantes, sans pour autant contenir de message central. Que veut-on communiquer, au juste? Supposons que notre cœur déborde de vouloir dire au spectateur que Dieu l’aime, que le sacrifice de Jésus suffit pour le sauver, que la Bible est la seule autorité du croyant, que la théorie de l’évolution ne tient pas, que Dieu désire guérir ses souffrances, qu’il ne sert à rien de prier les idoles et que la foi déplace des montagnes. Ouf! Dites-moi franchement : Croyez-vous que le spectateur réussira à réfléchir tous ces sujets à la fois?

 

ü    Piste de solution

Si la pièce est ainsi construite, trouvez-en une autre. Il est préférable de laisser les personnages progresser vers un seul dénouement, offrant aux spectateurs matière à réflexion.

 

Grand nombre de distractions

Le texte de la pièce a fait l’objet d’une analyse détaillée. Verdict : il est clair et ne comporte qu’un seul message central. Merveilleux! Nous l’entreprenons. Durant la représentation, certains spectateurs se grattent la tête, observant leurs voisins pour voir s’ils sont les seuls à perdre le fil de l’histoire… Qu’est-ce qui a bien pu les distraire?

 

D     Les effets techniques l’emportent sur le jeu des comédiens ou sont difficiles à saisir.

D     Les jeux d’éclairage sont prétentieux.

D     Les pièces musicales coupent le fil de l’histoire.

D     Le diaporama présente des images floues.

D     La scène est mal éclairée.

D     Les comédiens offrent une mauvaise élocution et leur jeu dramatique n’est pas sincère.

 

ü    Piste de solution

Durant la préparation de la pièce, assurez-vous que tous les détails mis en place sont justifiés, autant les effets techniques que les jeux de scène des comédiens. Le jeu d’éclairage n’existe pas pour susciter l’admiration mais pour rehausser l’émotion du personnage. La musique ne sert pas à assourdir le public mais à l’inviter à la réflexion. Un effet technique réussi ne se fait pas remarquer : il s’insère tout doucement dans l’histoire. Il est comme le bon sel, il rehausse simplement de la saveur.

 

Le comédien se fait valoir

On peut manquer la cible lorsqu’un comédien fait des drôleries pour attirer toute l’attention sur lui. Au lieu de repartir avec le message bien en tête, le spectateur sortira en disant : « Comme il était drôle ce garçon! » Et on est passé à côté!

 

ü    Piste de solution

Si le metteur en scène remarque qu’un comédien cherche à cabotiner durant les répétitions, il doit l’en aviser et redresser la situation. Il devrait d’ailleurs aborder la question du cabotinage à diverses occasions durant le projet, et insister sur la générosité et l’humilité dont chacun et chacune devrait faire preuve.

 

Objectifs personnels qui dévient

Comédien, metteur en scène ou technicien, nous avons des objectifs personnels en tête. Certains sont parfois très bons, mais d’autres s’écartent de l’objectif principal.

 

D     «On a déniché un méga système d’éclairage pour 100 $. On se demandait quoi faire avec. Pourquoi ne pas monter une pièce de théâtre? »

D     « On a une excellente chorale et plusieurs chants sont déjà prêts. On pourrait peut-être les inclure dans votre spectacle?»

D     « Le théâtre, j’ai ça dans le sang! Partout où je passe, les gens se tordent de rire. Je suis sûr qu’une bonne blague bien placée, ça va réveiller votre monde. »

D     « Ben, c’est que mon meilleur ami est dans votre groupe. J’ai décidé d’embarquer moi aussi. »

 

ü    Piste de solution

Usez de discernement lorsque des personnes enthousiastes, créatives et bien intentionnées font des propositions pour concocter un spectacle ou « rehausser » une pièce. Curieusement, ce sont souvent les idées les plus attrayantes qui nous font dévier! N’acceptez pas d’emblée tout ce que l’on vous suggère. Prenez le temps d’y réfléchir et de bien le considérer. Dire non avec tact et douceur, en expliquant clairement les motifs de ce « non », est un art qui s’apprend. Certes, vous risquez de décevoir des gens, mais vous devez vous rappeler dans quel but et pour qui vous faites du théâtre.

 

 

 

Et si le message passait?

Tous les choix du metteur en scène doivent être justifiés. Pour être en mesure de passer un bon message par le théâtre, il doit comprendre ce qui appuie le message et ce qui l’en détourne. Laissons le spectateur partir avec une seule idée en tête, celle du message qui vient de traverser son cœur.

 

Bien entendu, tous les projets de théâtre ne seront pas parfaits, il y aura des erreurs de parcours. Reconnaître les forces déviatrices ne s’apprend pas du jour au lendemain! Mais il faut aller de progrès en progrès à cet égard, sans se décourager, en comptant sur le grand Metteur en scène pour nous guider dans notre travail!

 

 

 Lorraine

 

 

mar 18

Évangile de Marc : découverte et mise en scène

Posté le 18 mars 2009 dans Interprétation, Mise en scène, Théâtre et Parole

Par Alain Combes

 

Découverte

combe1Un jour, dans le même temps, toute notre équipe de comédiens professionnels a fait la découverte du texte biblique. Ces paroles que nous lisions avec passion n’étaient pas comme les autres : elles bondissaient, elles faisaient « écho ». Si elles nous ont « touchés » et même « frappés », c’est que notre soif les appelait avec force. Mais leur écho était aussi une richesse d’images : nous voyions des événements et des personnages. L’écho donnait aussi la saveur des répliques, l’épaisseur des discours, la puissance des mots lâchés ici ou là tout au long de la Bible. Et encore plus, aussi grands que les mots : les silences, jamais indiqués mais que le texte suggère et que le lecteur attentif pressent.

 

Pour nous, hommes et femmes de spectacle, comment cette vie foisonnante pouvait-elle rester au bord de notre activité principale ? Nous avons voulu être la « caisse de résonance » de cette Parole qui bouleverse, lui livrer nos gestes, nos voix, le rythme de nos déplacements dans tout ce que nous présentions sur scène. Car la Bible est devenue « notre spectacle ». Non pas un spectacle pour échapper à la réalité du quotidien et se « divertir » de cette réalité, mais un spectacle pour – justement – saisir cette réalité. Et pour cela nous n’étions pas seulement les acteurs d’un texte, mais aussi les témoins d’un message. Ainsi, nous pouvions aborder l’Évangile de l’intérieur, c’est à dire que les mots, tellement intégrés, tellement « sus par cœur » en les entendant sortir de notre bouche, nous étions évangélisés les premiers, avant même les spectateurs. Nous « prêtions chair » aux personnages, un bref instant, le temps qu’ils nous effleurent, que nous en tirions leçon, que nous recevions un peu de ce qu’ils disaient de Dieu.

 

Rencontre

Et puis, il y a la rencontre sans cesse renouvelée avec Jésus. Jésus, qui est là au cœur de l’évangile d’une présence telle que c’est Lui, l’Évangile. Du coup, il n’est jamais un personnage, il est l’écho dont nous parlions au début, il est ce qui circule dans nos vies : les questions et les réponses, les attentes et les enthousiasmes, le rire et l’Espérance. Alors, s’il n’est pas un personnage, comment « prêter chair » à Jésus? C’est pourtant possible… puisque la grâce reçue à chaque représentation par ceux qui ont soif, c’est de sentir quelque chose de lui et d’apprendre un peu mieux à le connaître.

 

Mise en scène

De ce contact violent et bouleversant pour nos vies est ressortie une pratique de mise en scène. C’est moi qui l’assumais, dans l’écoute de ce que notre équipe vivait. Au-delà d’histoires à raconter, il fallait mettre en scène le silence, c’est-à-dire d’abord apprécier « la trainée » des événements, leur résonance possible, puis laisser s’ouvrir les voies nouvelles que cette résonance suggérait. Il fallait laisser la place à ce qui pouvait se passer chez le spectateur devenu co-auteur.

 

Ainsi, les gestes, les regards, les mouvements qui suivaient un silence devaient être portés, réinventés par ce que nous suggérait le texte. Et ce que nous donnions devait aussi être à l’écoute du public. Non seulement du public présent ici et maintenant, mais de nos contemporains croisés à chaque pas de chaque jour. En bref, nous voulions être à l’écoute du monde, de ses souffrances et de ses joies pour porter les paroles de l’Écriture et les laisser diffuser leur message. Il y a ce rendez-vous secret de chaque homme avec Dieu, et l’Écriture est le lieu de ce rendez-vous. Nous étions ceux qui disposaient l’espace et le temps pour ce rendez-vous. Le silence étant l’espace pour la réponse possible de chacun à la question du Dieu d’Amour : « Où es-tu? »

 

Concrètement : notre première expérience, l’Évangile selon Marc

 

Les principes de travail de « Marc l’Évangile » étaient bien clairs…

 

Adaptation et bases de travail

 

Dans l’Évangile de Marc, le texte prend souvent la forme d’une narration ou d’un dialogue rapporté, pourtant, nous n’avons pas voulu le voir comme une alternance de récits, de dialogues et quelquefois de discours, mais nous avons voulu, sans trop nous soucier des formes, partir de sa « dynamique » de « parole pour tous ». Ce point de départ nous paraît d’ailleurs être celui de Marc qui annonce « la couleur » dès le début : « Commencement de l’Évangile concernant Jésus Christ, le Fils de Dieu… » (Voir aussi Jean : « Ceci a été écrit… ») À partir de là, nous essayions de laisser surgir les regards, les déplacements, les silences, même si le texte ne les mentionne pas. Car nous croyions que les récits rapportent des moments de vie, d’échanges, des réactions simples, que les dialogues naissent de situations, en bref que rien n’est fiction poétique. Notre rôle n’est pas de juger le texte mais de le laisser dire, avec nos corps, ce qu’il dit avec ses mots écrits.

 

Ainsi, l’épisode du reniement de Pierre (Marc 14.72) résume le drame intérieur de Pierre en une courte phrase : « Et en y pensant, il pleurait. » Cette phrase se dit en deux secondes mais, dans notre mise en scène, nous avons choisi de développer cette prise de conscience de Pierre, et donc de nous rapprocher de la durée véritable de cette prise de conscience. On voit donc sur la scène le comédien se déplacer silencieusement pendant une minute et demie, et on peut sentir la progression « en lui » du drame intérieur.

 

Rétablir des durées a été d’ailleurs notre souci primordial, tant il est évident que le texte ne mentionne pas à quelle vitesse on doit lire, les pauses qu’on doit faire, etc. Il est impossible de passer d’un événement à un autre sans laisser de temps, dès lors, il faut savoir mettre en scène ce temps, cette transition.

 

On en arrive donc assez vite à chercher les jointures, les liens entre les récits ou les dialogues et à « écrire » une série de silences qui permettent au texte de résonner, de rebondir, de se poursuivre. Ces silences sont des situations qui se prolongent ou s’appellent, sans être des scènes nouvelles rajoutées à l’Évangile.

 

Tous les déplacements sur scène sont pensés comme une chorégraphie, c’est-à-dire que les entrées, sorties, mouvements se vivent dans un rythme préétabli qui évolue au fil de l’action. Ainsi, nous tentons de mieux conduire l’attention du spectateur tout au long d’un texte dense et parfois surprenant. Le message de notre témoignage est indispensable : si l’Évangile est pour nous captivant, il doit apparaître captivant aux spectateurs.

 

Les quatre comédiens sont tour à tour un personnage ou un autre. Nous avons parfois un texte qui « éclate » dans plusieurs bouches, et d’autres fois, des dialogues plus intimes et personnalisés comme ils apparaissent dans l’Évangile.

 

En ce qui concerne Jésus, les paraboles ou les phrases courtes qu’il prononçait sont dites indifféremment par un des quatre comédiens, hommes ou femmes; par contre, quand une situation nous fait retrouver un Jésus moins « paroles » mais plus « personne » nous avons préféré que Jésus soit un des deux comédiens hommes. Ce qui veut dire que deux comédiens sont alternativement Jésus. Non seulement ce choix ne gêne pas la compréhension, mais il est un élément très apprécié du public.

 

Jésus se reconnaît par ce qu’il dit et non par une apparence stéréotypée qu’on lui prête parfois. Jésus est Parole faite chair.

 

Une suite

Après « Marc l’Évangile », il y eut plus de vingt spectacles qui n’étaient pas des « mises en application » de nos principes de départ, mais qui s’en nourrissaient. Notre travail a toujours évolué, pour rester en prise avec le monde et sa sensibilité mais aussi pour rester en dialogue avec ce que nous devenions, nous et notre Foi. Nous, dans notre Foi.

 

 

 

À explorer

La Bible en public : aventures.org

Études sur le théâtre biblique : bibliac.fr

Site personnel :alaincombes.fr

 

 

Article généreusement offert par Alain Combes