Tous les articles par Chantal et Lorraine

Un projet fou

1 narrateur, 6 personnages (dont 3 jeunes adultes)

Texte de Chantal  Bilodeau-Legendre. Jules et Julie se préparent pour faire un voyage missionnaire. Ils sont tout enthousiastes à cette idée, mais leurs grands-parents désapprouvent. Un tel projet est contre le gros bon sens! Pièce servant à présenter un projet missionnaire à l’église et à montrer différentes manières de participer à l’effort missionnaire. Huit à dix minutes.

Pour télécharger le texte,  cliquez ici.

 

Trac et trucs pour le dominer

Mains moites. Gorge sèche. Jambes flageolantes. Cœur qui bat la chamade. On a l’impression qu’on va mourir ou, à tout le moins, s’évanouir. Et on se demande « Qu’est-ce qui m’a pris de m’embarquer dans cette pièce de théâtre? »

Petites vérités pas très pratiques, mais bon… si elles peuvent vous rassurer un peu!

Photo by Ethan Haddox sur Unsplash

♦ Le trac est l’affaire de tous.

♦ De façon générale, les gens ne remarquent pas le trac des comédiens.

♦ Le trac est moins dangereux que le saut en parachute.

♦ Le trac n’a jamais tué.

♦ Le trac précède la prestation et disparaît dès qu’on monte sur scène.

♦ Dans la salle, aucun spectateur n’est venu avec l’intention arrêtée de rigoler un bon coup si je me plante.

Trac et manifestations physiques

Le trac a une dimension physique très réelle – et douloureuse! Voici quelques symptômes courants et des conseils pour y remédier.

1.   J’ai le souffle court! La respiration abdominale est la clé. Lorraine décrit ce type de respiration dans l’article Projection de la voix. La maîtrise de cette technique est INDISPENSABLE aux chanteurs, aux comédiens, aux femmes qui accouchent, aux athlètes – bref à toutes sortes de gens. Respirer en sollicitant les muscles de l’abdomen (plutôt que le haut du corps) a des avantages indéniables : ralentissement du rythme cardiaque, meilleure oxygénation de l’organisme, apaisement intérieur, etc. Sans parler, bien sûr, d’une meilleure projection de la voix. Apprenez à faire des inspirations lentes et profondes et à expirer de la même manière. Lorsque le trac vous saisit, soyez sensible à votre respiration et passez en mode « abdominal ».

2.   J’ai la gorge sèche et la voix rauque. Buvez quelques gorgées d’eau tiède. Évitez la caféine et le lait. Détendez vos cordes par des exercices, un peu comme les chanteurs qui font des vocalises avant une prestation : mmmm, mma, mmé, a-e-i-o-u… (Voyez Exercices pour la voix.) Faites-le en groupe, c’est plus rigolo!

3.   Mes mains et mes jambes tremblotent! Vous avez sûrement aussi la nuque raide et mal dans le dos! Peut-être même vos sourcils sont-ils figés dans un froncement peu esthétique. Assouplissez vos membres contractés : étirez-vous, tracez des cercles avec les bras, effectuez en douceur des rotations de la tête. Prenez conscience de vos muscles crispés et détendez-les en faisant des gestes amples.

4.   J’ai les mains glacées! Vous êtes en situation de stress : le cerveau l’a bien compris et il met tout en œuvre pour protéger le corps. Les vaisseaux sanguins des extrémités (mains, pieds) se contractent afin que le sang oxygéné afflue davantage vers les organes vitaux. Pour réduire cette sensation désagréable, la respiration abdominale, longue et profonde, enverra au cerveau le message « Tout va bien, pas de panique! On régule le tout! » Relisez au besoin le point 1!

5.   J’ai des papillons dans le ventre! Toujours en réponse au stress que votre cerveau a décodé, le système digestif se met au ralenti. Il est donc fort possible que le hamburger double et les frites restent coincés dans votre estomac… Avant une prestation, évitez les mets lourds ou gras. Ne jeûnez pas pour autant, car votre corps a quand même besoin de carburant pour bien fonctionner. Optez pour les glucides (pâtes, riz) ou une collation saine (pop corn nature, fruit, yogourt non sucré).

Le trac est une forme de nervosité que la grande majorité des comédiens connaissent bien, qu’ils soient amateurs ou professionnels. Certains diront que cette nervosité est inévitable et normale. Les quelques conseils offerts ci-dessus pourront vous aider à maîtriser ses manifestations désagréables. Mais peut-on faire davantage que dominer des symptômes? Je le crois.

Une question de regard

À mon avis, le grand problème du trac réside dans le regard que l’on pose sur soi.

Moi. Ma performance. Le public qui me regarde. Les critiques que je recevrai. Mon succès – ou mon échec – qui sera écrit sur mon front une fois le spectacle terminé. Pas étonnant que je sente une immense pression sur mes épaules! Pas étonnant que j’aie des nausées et un profond sentiment d’insécurité et d’incompétence! Et quel gaspillage d’énergie…

Mais si mon regard se tourne vers Celui qui m’a donné des dons pour monter sur les planches? Si je regarde à Celui qui m’a équipée pour présenter un message – le sien – devant un public? Si je considère ma prestation comme une façon de servir Dieu et les siens? Voilà qui est libérateur. Je n’ai rien à prouver à qui que ce soit! Le succès ou l’échec (s’il y a échec!) ne dépend pas de moi : il appartient à Dieu.

Certes, je fais de mon mieux, je me prépare consciencieusement pour offrir à Dieu et au public ce que j’ai de meilleur, tout en sachant que rien ici-bas n’est parfait. Mais mon centre d’attention doit changer : il doit passer de moi à Dieu (celui que je sers par le théâtre) et aux autres (ceux qu’il veut toucher par mon service).

M’oublier moi-même est un remède excellent contre le trac. Alors rien de mieux, avant une présentation publique, qu’une bonne « séance » de louanges et d’actions de grâces avec toute l’équipe de production! Nous savons tous les efforts fournis, tout le travail accompli jusque là. Remercier le Seigneur nous remplit d’assurance et de joie. Quoi de mieux pour dominer le trac?

Chantal

Le cabotinage

Bob donne un coup de coude à son voisin.

– Hé, Max! T’as vu le soldat qui vient de foncer sur la colonne?
– Euh non… Je regardais Jésus…
– Non, mais, regarde-le : il trébuche devant Pilate!

On entend des rires étouffés dans la salle.

– Quel comique, ce type!
– T’as raison, Bob! Tombera… tombera pas… tombera… Ouf!
– Tordant!
– Euh… où il est rendu, Jésus? Il est sorti? J’en ai manqué un bout, moi!

Après la pièce :

– Franchement, celui qui a joué le soldat était génial!

Trouvez l’erreur.

Photo de Bernard Hermant sur Unsplash.com

La troupe a travaillé pendant trois mois pour présenter les derniers événements de la vie de Jésus. Le superobjectif de la pièce, « Jésus a donné sa vie pour nous sauver », était pourtant clair pour tous les comédiens. Malheureusement, les pitreries d’un seul ont fait dévier la flèche de son but.

Le cabotinage, parfois appelé flirt avec le public, consiste à « voler la vedette », à attirer sur soi, de façon volontaire, l’attention du public, au détriment de ses compagnons de scène. Le cabotinage est à l’antipode de la générosité, qualité importante à cultiver quand on est comédien.

Le cabotinage : à proscrire!

Si sa réplique ou son entrée en scène est drôle et qu’il sent le public y réagir, le comédien doit éviter d’en rajouter pour augmenter ou prolonger les rires. Si un autre est en train de dire sa réplique, il ne cherchera pas à attirer les regards sur lui-même. Plusieurs tombent dans ce piège des « minutes de gloire ». Gardez à l’esprit que la pièce est un travail d’équipe. Un joueur de basket-ball n’aurait jamais l’idée de faire une passe dans les gradins! Pourtant, c’est justement ce que fait le comédien qui cherche à amuser l’auditoire. Chaque équipier doit être entier à son équipe.

Il est important de comprendre que le cabotinage a pour effet de détourner l’attention de l’action qui se passe au même moment sur scène. Le spectateur devra nécessairement choisir entre observer les drôleries du cabotin et regarder la scène importante qui l’aidera à comprendre la progression de l’histoire. Trop souvent, hélas, les drôleries l’emportent.

Sur la scène – comme dans la vie d’ailleurs – il ne faut pas chercher à supplanter qui que ce soit, mais plutôt agir avec simplicité, humilité et générosité.

Lorraine

Les positions sur la scène

Pour mieux décrire certaines positions des personnages sur la scène et aussi pour faciliter la communication entre le metteur en scène et les comédiens, quelques positions de base ont été établies. Il est plus facile de dire « Place-toi de trois-quarts » que « Place-toi comme ça de côté, non pas trop, tourne-toi un peu, là. »

Les positions énumérées ci-après sont des points de référence et ne doivent surtout pas servir de carcan. En effet, les comédiens doivent se déplacer avec aisance et naturel. Les positions figées et les mouvements mécaniques n’appuient pas le jeu naturel.

Face au public

avantLa position face n’est certainement pas une position naturelle pour donner une réplique à un autre compagnon de scène : c’est comme si le comédien s’adressait au  mur de son salon – car il existe un « mur », imaginaire, qui vous sépare de la salle. Réservons la position face à une narration s’adressant directement au public, ou encore aux monologues ou à des jeux de scènes particuliers, comme les apartés.

Un-quart

un-quart1La position un-quart est la plus fréquente durant une discussion ou un débat entre deux personnages. Le corps est légèrement tourné vers le public et un pied est parallèle au mur du fond de la scène. Grâce à cette position, le comédien demeure bien visible et il est en mesure de bien projeter sa voix vers la salle.

Profil

profil1Le profil convient aux dialogues plus intenses, car ainsi les personnages se trouvent face à face. Il faut toutefois veiller à maintenir le visage dirigé légèrement vers la salle, où la voix doit se projeter.

Trois-quarts

 

trois-quart1

Dans la position trois-quarts, le comédien tourne presque le dos au public. Cette position peut servir à marquer la fin d’un dialogue, lorsqu’on cède la parole à l’autre, ou quand on sort de scène. Le comédien peut aussi se placer de trois-quarts pour produire un effet particulier, comme un retrait volontaire pendant une conversation. Ici plus que jamais, il faut veiller à ce que la voix ne se perde pas dans les décors ou les coulisses. On doit entendre jusqu’au fond de la salle! Vous devrez donc tourner la légèrement la tête pour lancer vos répliques.

Dos

dos1La position de dos est plutôt rare. Il s’agit de tourner entièrement le dos et le visage au public. On prend cette position pour créer des effets particuliers ou pour exprimer du mécontentement, de la colère ou de l’indifférence. Le dos peut aussi servir à représenter un retrait symbolique de la scène. Attention : ne jamais parler lorsqu’on a le dos tourné au public.

Voir aussi:
♦ Jardin ou cour?
♦ Les aires de jeu
♦ Le cahier de régie

Lorraine

 

L’air qui porte la flèche (ou: L’importance du silence)

Par Chantal Bilodeau-Legendre

Dans l’article Le silence, Lorraine développe l’importance d’exploiter les silences à bon escient sur la scène. On n’insistera jamais assez là-dessus! Voici une illustration de la force du silence.

Imaginez la scène. Jésus entre dans la cour du Temple. Un groupe d’élèves s’assemble autour de lui. Il s’assoit et se met à enseigner. Tous boivent ses paroles. L’un ou l’autre pose une question, ou répond à celles du Maître. Le sujet de la leçon? Seule la classe le sait.

Soudain, un brouhaha interrompt la leçon. Des chefs religieux arrivent en trombe, traînant une femme aux vêtements en désordre et au regard affolé. Ils l’ont surprise avec un homme qui n’est pas son mari, et ils ont juré sa perte.

– Maître, la Loi de Moïse nous ordonne de tuer à coups de pierres ce genre de femmes. Et toi, quel est ton jugement là-dessus?

Jean, l’auteur du récit, indique le motif de leur geste : piéger Jésus. Trouver une raison pour l’accuser. La femme n’est qu’un prétexte. Mais les accusateurs ne savent pas qu’il sait. Les élèves de Jésus non plus, et ils observent.

En guise de réponse, Jésus garde le silence. Son regard passe de l’un à l’autre de ces bien-pensants qui, une proie tremblante à leurs pieds, exigent ni plus ni moins qu’il la condamne – ou se condamne lui-même, c’est selon. Le silence de Jésus pèse lourd.

Et voilà qu’il se penche et se met à écrire sur le sable!

La classe est en suspens. Les chefs religieux sont en suspens. La femme est en suspens. Tout le monde attend. Jésus écrit et le temps passe… L’attention n’est plus sur la femme et sa faute, ni même sur la question posée, mais sur Jésus, penché.

Puis il se redresse et lance : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » Il ne regarde personne, car il se penche de nouveau et se remet à écrire.

Et lentement, l’un après l’autre, les accusateurs se retirent, des plus vieux aux plus jeunes.

Le silence de Jésus a d’abord préparé la cible – le cœur des bien-pensants – à recevoir une flèche. Dans ce premier silence, les hommes, intrigués, ont porté toute leur attention sur Jésus. Pourquoi n’est-il pas pressé de leur répondre? Et puis, qu’est-ce qu’il est en train d’écrire par terre?

Ensuite, cette flèche de Jésus, bien acérée. Décochée juste avant un silence et transportée par un silence, elle s’enfonce au cœur de la cible. Au cœur du cœur des accusateurs. Et c’est dans le silence que ces derniers réfléchissent et que leur conscience elle-même est accusée.

Tant de silences dans toute cette scène! Car il y a aussi celui de la femme qui entend et qui attend, tendue… Un long silence chargé du bruissement des tuniques, du glissement des sandales sur le sol, des murmures contenus, peut-être. Et puis, on perçoit le silence de la classe de Jésus. Les élèves assistent au mutisme de leur Maître et au tir d’une flèche, qui fait mouche. L’atmosphère est chargée de tension… et d’attention.

Puis, le silence se rompt de nouveau. Jésus interroge la principale intéressée.

– Eh bien, où sont donc passés ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a condamnée?

Je la soupçonne d’avoir regardé tout autour d’elle, sans un mot, avant de répondre : « Personne, Seigneur. »

Jésus prononce alors ces paroles de délivrance : « Je ne te condamne pas non plus. Va, mais désormais, ne pèche plus. » Je doute que la femme ait tourné les talons aussitôt pour rentrer chez elle à toute vitesse! Elle a pris le temps d’assimiler le message. Peut-être même s’est-elle prosternée aux pieds de Jésus et l’a-t-elle remercié du regard, le visage ruisselant. Puis elle est repartie, le cœur déchargé et la tête haute. Changée pour toujours.

Les élèves n’ont rien manqué de cette brève conversation. Puis, Jésus reprend la leçon. Peut-être que ce jour-là, dans la cour du Temple, la leçon portait justement sur la miséricorde de Dieu,

La flèche de Jésus a été efficace grâce au silence qui l’a portée.

De même, les paroles que Dieu m’adresse auront leur effet dans le silence avec lequel je les reçois. Car c’est dans le silence que la réflexion germe et croît.


Le récit de la femme surprise en flagrant délit d’adultère se trouve en Jean 8.1-11.

Au sujet de ce passage, voir aussi:
♦  Jésus et la femme adultère: Démarche pour une mise en scène
♦  Jésus libère de la condamnation – Pièce de théâtre