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À voix haute

J’aime jouer avec ma voix. Raconter une histoire à des enfants me procure beaucoup de plaisir lorsque je peux prêter des voix différentes aux personnages. J’ai même un répertoire : une grenouille et un troll, ça ne s’exprime pas de la même façon! La princesse, le bûcheron, le renard et la sorcière ont chacun leur propre timbre – même la chauve-souris poltronne, qui parle sur le bout de la langue. Voix chantante ou tonitruante, suave ou rauque… L’avantage de raconter à des enfants, c’est qu’ils sont tellement indulgents! Avec eux, je peux me tromper, me reprendre, fignoler les effets. Et ils ne se lassent jamais!

Mais la voix, c’est sérieux, aussi.

Toute jeune, le lisais à voix haute des textes de Molière; plus grande, je lisais des extraits du journal en m’imaginant présentatrice de nouvelles. J’étais mon seul public, et c’était parfait comme ça. Encore aujourd’hui, j’accorde beaucoup d’importance à la lecture « audible », surtout celle de la Bible, pour mon bénéfice personnel. Je suis obligée de ralentir mon rythme de lecture, de réfléchir aux mots… et j’entends le texte comme en écho.

Je ne saurais trop vous encourager à lire à voix haute et à jouer avec votre voix. Mais pourquoi ne pas aussi la travailler, la renforcer, afin de mieux la projeter? Si vous désirez exploiter davantage cet outil si polyvalent et si puissant que le Seigneur vous a donné, je vous encourage à lire Exercices pour la voix et à visionner les deux vidéos suggérées.

Amusez-vous!

Chantal

Exercices pour la voix

Photo de Jason Rosewell sur Unsplash.com

La voix est l’organe de la parole et du chant : pour la travailler, la renforcer, la projeter, il ne suffit pas de simplement faire vibrer nos cordes vocales; il faut solliciter tout le corps. À cet effet, Lorraine a repéré deux vidéos instructives.

Tout d’abord, plusieurs exercices proposés par Fanny Pierre, actrice belge, dont bâiller, faire BRRR et MMM, petit-pot-de-beurreriser, se glisser un stylo entre les dents, faire des bulles avec une paille, jouer avec les consonnes et les voyelles… Le BRRR m’a posé problème.

Ensuite, un tutoriel d’Isabelle Trottier, cantatrice québécoise, qui explique avec clarté et simplicité les notions de respiration (abdominale, bien entendu), de posture (tiens, Fanny Pierre parle elle aussi de la « colonne d’air »), d’émission sonore et de projection. Mme Trottier propose aussi des exercices pratiques pour vous aider à vous améliorer. Le BRRR m’a encore posé problème.

De plus, vous trouverez des virelangues dans nos pages et sur divers sites d’élocution française. Tapez simplement virelangue dans un moteur de recherche.

Quant au BRRR, j’ai trouvé un truc : pour « démarrer » le mouvement des lèvres, je me sers de mon index quand je commence à expulser l’air. Avec un peu de pratique, je devrais bien finir par y arriver du premier coup, sans le doigt!

Lisez aussi l’article Projection de la voix.

Chantal

Le ton

Par Lorraine Hamilton

Vous a-t-on parlé du ton? Mais qu’attend-t-on? Et sur quel ton en parle-t-on? Sur un ton sérieux ou un ton léger? Sur un ton acerbe ou un ton plaisant? Sur un ton sévère ou un ton doux? Sur un ton dur ou un ton tendre? Sur un ton flatteur ou un ton sincère? Sur un ton grossier ou un ton aimable? Tant de tons racontent le ton, dit-on! Mais si l’on s’étonne de mon ton tonique, comment supportera-t-on mon ton tonnant?

Photo de Alexandre St-Louis sur Unsplash.com

Une grande partie de la communication verbale passe par le ton de la voix. C’est d’ailleurs grâce au ton que je peux deviner si mon interlocuteur est aimable ou glacial, s’il est sincère ou ironique, si son humeur est bonne ou maussade.

Le ton est la « qualité sonore d’une voix, en fonction de sa hauteur, de son intensité et de son timbre ». Le ton est la « façon de parler, qui révèle un sentiment, une intention ou qui est adaptée à une situation ». (Antidote)

Comment trouver le ton?

Il n’existe pas de règle fixe pour donner à un personnage le ton approprié. Imprégnez-vous du texte. Répétez, répétez et répétez! Chaque tirade contient des idées enveloppées d’émotions. Aussi, assimilez vos tirades, en réfléchissant bien au sens des mots. Tenez compte des différentes nuances et variations dans votre texte : silences, rythme, énumérations, hésitations, etc. Le sens juste mène au ton juste.

Voici trois exercices importants qui vous aideront à y parvenir.

1. L’étude du caractère du personnage est le point de départ. (Lisez à ce sujet L’étude du personnage). Grâce à cet exercice, on crée une « histoire » au personnage (âge, éducation, intérêts, etc.), qui permet de lui donner un ton général.

2. L’étude des diverses situations de chaque scène aide ensuite à teinter le ton d’une façon plus précise : situation urgente, détendue, inquiétante, etc.

3. Finalement, l’humeur ou l’émotion vécue dans chaque situation raffine le ton : amour, crainte, mépris, peur, tristesse, joie…

Exemple  M. Prudent, le personnage principal de la pièce Zone de sécurité, est rempli d’enthousiasme pour les projets de l’église, mais il connaît beaucoup d’insécurité : tantôt il est tout feu tout flammes, tantôt il a peur de se mouiller les pieds. Le ton de sa voix changera selon les situations qu’il vit : on sentira tantôt la détermination, tantôt l’hésitation et la crainte.

Appuyer sur les bons mots

De façon générale, l’idée précède les mots. L’idée se traduit en mots, et non le contraire – sauf pour des cas particuliers, comme la colère, où il arrive que les paroles précèdent les idées incohérentes.

Bien souvent, une phrase peut se résumer en un ou plusieurs mots clé. Sachez identifier ces mots clés, car c’est sur eux qu’il faut appuyer. Vous trouverez donc utile, sur votre copie du texte, de souligner les parties de chaque phrase que vous voulez mettre en évidence. C’est très personnel! Une interprétation se distinguera d’une autre, selon qu’on choisit de privilégier tel mot clé plutôt que tel autre.

Exemple  Dans le texte ci-dessous (extrait de Job 11.19 à 12.4), j’ai souligné les mots qui me semblent ressortir particulièrement. Mon choix a été motivé par le caractère de chaque personnage, la situation et l’émotion. Lisez ce texte à voix haute, d’abord sur un ton neutre, ensuite en mettant l’accent sur les mots soulignés. Sentez-vous la différence?

Tsophar: Tu te coucheras sans que personne ne te trouble. Mais les yeux des méchants seront consumés; pour eux point de refuge. La mort, voilà leur espérance!

Job: On dirait, en vérité, que le genre humain c’est vous, et qu’avec vous doit mourir la sagesse. J’ai tout aussi bien que vous de l’intelligence, moi. Je ne vous suis point inférieur. Et qui ne sait les choses que vous dites? Je suis pour mes amis un objet de raillerie.

 À éviter…

♦ Les clichés – ils déforment les émotions. Un cliché classique : pleurer en faisant des trémolos avec sa voix.

♦ Les phrases chantées – on pourrait les transcrire sur une portée musicale! Très énervant à entendre.

♦ Les phrases mécaniques – prononcées sans variation de ton, on dirait qu’elles sortent de la bouche d’un robot.

Exercice

Amusez-vous avec différents tons! Écrivez sur des bouts de papier les tons énumérés plus bas. Choisissez une phrase sans trop de signification, comme celles suggérées ci-dessous. À tour de rôle, les participants tirent au hasard un bout de papier puis montent sur scène pour dire la phrase sur le ton demandé.

Exemples de phrases neutres :  Où étiez-vous? ♦  Je l’ai vu ♦ Vous ne pouvez pas entrer ♦ Répète, s’il te plait

À dire sur un ton… résolu ♦  tranchant ♦ menaçant ♦ sévère ♦ froid ♦ sec ♦ doux ♦ affectueux ♦ grossier ♦ sage ♦ grave ♦ rageur ♦  sournois, ♦ flatteur ♦ hautain ♦ dédaigneux ♦ naïf ♦ surpris ♦ effrayé ♦ piteux ♦ triste ♦ tragique ♦ embarrassé ♦ ému ♦ triomphant ♦ boudeur ♦ timide ♦ hésitant ♦  amoureux ♦ ironique ♦ ému ♦  cérémonieux ♦ impatient ♦ haineux ♦ joyeux

Les virelangues

Les virelangues sont des exercices amusants qui favorisent une bonne diction. Les chemises de l’archiduchesse étant sèches depuis fort longtemps, nous vous en proposons plusieurs autres. À répéter souvent et bon courage!

Photo de Alexander Krivitskiy sur Unsplash.com

♦ Si ceci se sait, ces soins sont sans succès.

♦ Dis-moi, gros-gras-grand-grain-d’orge, quand te dé-gros-gras-grand-grain-d’orgeras-tu? Je me dé-gros-gras-grand-grain-d’orgerai quand tous les gros-gras-grands-grains-d’orge se dé-gros-gras-grand-grain-d’orgeront.

♦ Natacha n’attacha pas son chat Pacha qui s’échappa. Cela fâcha Sacha qui chassa Natacha.

♦ Je veux et j’exige (répétez en faisant la liaison Je veux-z’et).

♦ Si six scies scient six cigares, six cent scies scient six cent six cigares.

♦ Dinon dîna, dit-on, du dos d’un dodu dindon.

♦ Chaque chasseur cherche une chèvre chauve sans chic qui chique chichement sa choucroute.

♦ Alerte! Arlette allaite!

♦ Quatre attaques à quatre.

♦ Jean sait jaser chez son gendre.

♦ Six chaises sèches et douze douches douces.

♦ César laisse, ce soir, sécher chez Zachée sur son sachet, ses six chaussettes et ses chaussons saucés.

♦ Trois petits pois blancs et un plein plat de blé pilé.

♦ Chasseurs qui chassez, sachez chasser ces chiens.

♦ Quand un cordier cordant veut corder sa corde, pour sa corde cordée, trois cordons il accorde. Mais si l’un des cordons de la corde décorde, le cordon décordé fait décorder la corde.

♦ Paragarafaramous est un original qui ne se désoriginalisera pas tant que tous les originaux ne se seront pas désoriginalisés. Or, les originaux ne se désoriginaliseront jamais. Donc Paragarafaramous ne se désoriginalisera pas!

♦ Jugez vous-même si ce juge sage juché sur une chaise jaune sera juste dans son jugement.

♦ Petit pot de beurre, quand te dépetipotdebeurreriseras-tu? Je me dépetipotdebeurreriserai quand tous les petits pots de beurre se seront dépetipotdebeurrerisés : or les petits pots de beurre ne se dépetipotdebeurreriseront pas. Donc, je ne me dépetipotdebeurreriserai jamais.

♦ De gros rats gris grippés grattent et agrippent une grappe de grosses rates grises grippées.

♦ Un sadducéen qui sadducéait rencontra un pharisien qui pharisaïsait. Le sadducéen qui sadducéait dit alors au pharisien qui pharisaïsait: « Faisons équipe! Pour moi tu sadducéerais et pour toi je pharisaïserais! ». Le pharisien qui pharisaïsait répondit au sadducéen qui sadducéait: « Que non! Que dirait-on, de voir un pharisien qui sadducée et un sadducéen qui pharisaïse? Laissons tous les sadducéens sadducéer et tous les pharisiens pharisaïser! »

L’équipe TE

La parole

Photo de Ben White sur Unsplash.com

La parole est l’un des quatre langages de théâtre du comédien. Voici quelques conseils généraux pour bien exploiter ce langage.

Ar-ti-cu-lez!

Pour améliorer votre diction, apprenez à toujours parler le corps et les épaules bien droits, comme si vous teniez un bouclier devant votre poitrine. Articulez bien et parlez lentement.

Déformation de voyelles

Attention à ne pas déformer les sons voyelles. Écoutez-vous parler, ou demandez à un camarade de vous écouter. Avez-vous tendance à allonger des voyelles inutilement, à changer un o ou un a ouvert en â, à intercaler des a où il ne faut pas (J’ai paeur de mon paère)? Corrigez ce défaut!

Escamotage

On a parfois tendance à prononcer certains sons plus faiblement, quand on ne les supprime pas carrément! C’pas diff’cile, après d’z heures d’soir, de s’prendr’ pour un artiss’… Au théâtre, la parole doit être claire. Même si on joue le rôle d’un personnage au langage relâché, la prononciation doit être nette.

Exercices

♦ Placez un crayon entre les dents (bien au fond : sentez-le « dans » les joues) et parlez le plus clairement possible.

♦ Parlez les dents serrées : remuez les lèvres autant que possible pour bien détacher les syllabes et les sons.

♦ Parlez avec des billes ou des cailloux dans la bouche. (Ne JAMAIS demander à un enfant de le faire!)

♦  Répétez souvent des virelangues.

Ton de la voix

Le ton est la hauteur de la voix, mais aussi son intensité. Une personne énervée ne s’exprime pas comme une personne calme. L’enfant émerveillé, l’adolescent blasé et l’adulte inquiet ne parlent pas non plus sur le même ton. Chaque personnage devrait avoir un ton qui lui est propre.

En français, on accentue généralement la finale des mots. Si on « monte » le ton quand on pose une question, on devrait toutefois laisser les autres phrases « tomber » naturellement.

Respiration

Pour ne pas s’essouffler tout en parlant, il est important de respirer correctement, c’est-à-dire « par le ventre ». Il faut en effet se servir des muscles de l’abdomen pour pousser l’air hors des poumons, et non se limiter à soulever et abaisser la cage thoracique. En apprenant à contrôler ainsi votre respiration, vous constaterez que vous aurez plus de souffle et plus de puissance en parlant.

♦  Pour vous exercer à respirer « du ventre », allongez-vous sur le dos et posez un livre sur votre abdomen. Respirez lentement et profondément de manière à soulever le livre. Répétez souvent cet exercice.

Projection

La projection de la voix est l’action de « projeter » sa voix le plus loin possible, de manière à se faire entendre par le plus grand nombre sans crier. La respiration par le ventre facilite la projection, car l’air expulsé des poumons avec plus de force aide à porter la voix plus loin.

Pour améliorer la projection

♦ Placez une chandelle allumée à la hauteur de votre bouche. Parlez de manière à faire remuer la flamme. Reculez la chandelle de plus en plus. (Au lieu d’utiliser une chandelle allumée, demandez à quelqu’un de tenir devant vous un morceau de papier de soie ou une plume.)

♦ À deux, donnez-vous la réplique à bonne distance l’un de l’autre, d’une voix forte mais sans crier. Augmentez la distance.

♦ Lisez aussi Projection de la voix et Exercices pour la voix.

Apprenez à parler sans micro. Les micros, bien qu’ils puissent s’avérer utiles dans une salle dont l’acoustique est mauvaise, peuvent nuire au jeu des comédiens et même agacer les spectateurs.

Lorraine